Télésurveillance d'épreuve : une expérimentation en formation à distance

Étudiant en situation de passage d'examen à distance

Le développement des formations à distance dans l'enseignement supérieur implique que les modalités de certification et de passage d'examens soient aussi adaptées à la distance. Cet article décrit une expérimentation de télésurveillance d'épreuves en situation réelle.

Périmètre de l'expérimentation

Cet article contribue à la réalisation de la proposition n°17 "Prévoir l'usage systématique du numérique dans la formation et l'évaluation des étudiants" de la StraNES.

Il décrit le projet d'une expérimentation qui a eu lieu entre décembre 2015 et février 2016 à l'Université de Caen Normandie. Il s'agissait de tester dans des conditions réelles, avec des "vrais" étudiants en cours de formation et d'évaluation, des modalités d'examens alternatives aux examens présentiels dans le cadre d'une formation à distance. Dans une première partie nous relatons le contexte de l'expérimentation. Dans une seconde partie nous revenons sur le côté fortement stratégique de la question des examens dans l'objectif du développement de l'offre de formation à distance dans le supérieur.

Contexte de l'expérimentation

L'objectif de l'expérimentation était de tester et d'évaluer des conditions de passages d'examens délocalisés dans le cadre d'une formation universitaire en ligne. On entend par examen délocalisé, un examen qui est mené en dehors des lieux institutionnels de l'université. Dans le cadre de cette expérimentation, il s'est agit d'un examen réalisé en ligne. L'étudiant était connecté de son domicile à un service de télésurveillance d'épreuves pendant tout le temps de l'examen.

Les objectifs et les attentes de cette expérimentation soutenue par la MIPNES (DGESIP - M.E.N.E.S.R.) sont multiples :

  • évaluer sur un nombre significatif d'étudiants devant passer une épreuve en ligne les conditions d'examens
  • mesurer les freins ou au contraire la demande des étudiants inscrits dans des formations à distance en termes de conditions d'examens en ligne
  • montrer que les conditions de vérification d'identité de l'étudiant sont bien remplies
  • s'assurer que la surveillance en ligne permet de garantir des conditions de non-triche aussi bien que lors d'un examen classique réalisé dans l'établissement
  • réfléchir aux conditions de généralisation de l'expérimentation pour les formations à distance dans le cadre de l'offre de formation en ligne d'une université (intégralement à distance ou hybride)

Partenaires

Les partenaires de cette expérimentation sont :

  • L'université de Caen Normandie, représentée à travers le CEMU, service commun de l'Université de Caen en charge de la formation à distance
  • La société ProctorU, société américaine fondée en 2008 et spécialisée dans la télésurveillance d'épreuves

Protocole expérimental

L'expérimentation a été réalisée dans le cadre de la formation au C.2.i. Niveau 1 assurée par l'Université de Caen Normandie. Il s'agissait de faire passer en ligne, à des étudiants inscrits au C.2.i.-1, un Q.C.M. de certification (épreuve théorique faisant partie de la validation du C.2.i.-1). Le Q.C.M.. de certification était passé sur la plateforme développée nationalement pour la certification C.2.i.-1 dont une instance est installée et maintenue au sein de l'université de Caen.

L'université de Caen prévoit plusieurs sessions de passage de Q.C.M. Les examens réalisés en ligne dans le cadre de l'expérimentation viendront en plus des ces sessions.

Modalités d'examen

Les étudiants qui passent un Q.C.M. C.2.i. en ligne se connectent au site de ProctorU comme expliqué sur ce mode d'emploi "How Remote Proctoring Works". Au préalable, pour utiliser les services de ProctorU, les étudiants concernés doivent créer un compte personnel (gratuit) auprès de ProctorU. Les informations requises pour la création de ce compte sont les suivantes :

  • nom de l'étudiant
  • prénom
  • une photo d'identité
  • un identifiant de type adresse email institutionnelle
  • ses coordonnées :
    • adresse
    • téléphones
    • fuseau horaire

Au début de l'épreuve, les étudiants doivent aussi se connecter à la plateforme locale de l'université de Caen pour les Q.C.M. C.2.i.. Ils doivent s'identifier en utilisant leurs paramètres de connexion institutionnels. Un mot de passe d'accès au Q.C.M. est demandé. C'est le surveillant ProctorU qui entre le mot de passe à partir du poste de l'étudiant (via une prise de contrôle à distance) sans le communiquer à l'étudiant. Comme prévu dans les conditions de télésurveillance de ProctorU, le surveillant reste en ligne pendant toute la durée du Q.C.M.. L'étudiant doit disposer d'une pièce où il est seul. Il doit bénéficier d'un ordinateur connecté à Internet disposant d'une Webcam.

Public concerné

Les étudiants concernés par l'expérimentation sont des étudiants inscrits au C.2.i.-1 pour l'année universitaire 2015-2016. Leur nombre est limité à 100.

Durée et période d'examen

Le Q.C.M. de certification C.2.i. a une durée de 45 minutes. Notez que le tarif de la surveillance en ligne prévue par ProctorU pour une épreuve de moins d'une heure est de 17,50 $ et que ce coût est à la charge de l'Université de Caen Normandie dans le cadre de l'expérimentation. Les Q.C.M. passés dans le cadre de l'expérimentation ne font pas l'objet d'une situation particulière quant à la durée de l'épreuve. Les Q.C.M. C.2.i. passés en ligne ont eu lieu dans la deuxième quinzaine de janvier 2016. Une liste de 3 dates et de créneaux horaires prévus a été préalablement proposée aux étudiants concernés par l'expérimentation. Ils ont choisit un créneau de passage. Tout étudiant non connecté au jour et à l'heure prévus était considéré comme absent.

Pilotage

L'expérimentation est conduite par un comité de pilotage comprenant des enseignants et personnels de l'université de Caen :

  • enseignants du C.2.i.
  • assistants techno-pédagogiques du CEMU
  • membres de la DSI de l'établissement
  • correspondant Informatique & Liberté

Ils ont la charge de conduire les conditions d'expérimentation et l'analyse des résultats. Le comité de pilotage préparera un rapport de synthèse et formulera des propositions quant à une suite possible donnée à l'expérimentation. Ce rapport sera transmis à la MIPNES.

L'université de Caen pourra investiguer les aspects du service ProctorU, aussi en matière de sécurité informatique et de respect des données à caractère personnel. ProctorU assistera l'Université dans la mise en place et l'analyse d'un questionnaire de satisfaction.

Engagements

L'université de Caen est responsable de la mise en place des examens en ligne sur sa plateforme. Elle s'engage à :

  • collecter et à communiquer les informations nécessaires à ProctorU pour assurer la surveillance :
    • liste d'étudiants pour chaque épreuve
    • formulaire de directives prevu par ProctorU à l'attention des surveillants
  • mettre en ligne une enquête destinée à recueillir les avis des étudiants concernés sur les conditions de réalisation des examens en ligne

ProctorU s'engage à :

  • organiser les surveillances dans les meilleures conditions, notamment en affectant dans le cadre de cette expérimentation des surveillants francophones
  • fournir un bilan des 100 épreuves surveillées
  • faire état des situations particulières observées

En ce qui concerne l'étudiant, il est de sa responsabilité de mettre en œuvre les conditions de réalisation de l'examen en ligne avant le jour et l'heure prévus. Il doit donc :

  • créer un compte sur le site de ProctorU
  • s'assurer de disposer d'un local où il sera seul pendant la durée de l'épreuve
  • s'assurer de disposer d'un ordinateur connecté à Internet avec une webcam fonctionnelle

Si ces conditions ne sont pas remplies, l'examen ne peut avoir lieu.

Enfin, l'étudiant s'engage à répondre à l'enquête en ligne avant début février 2016.

Un enjeu stratégique

La question des examens délocalisés est une question particulièrement importante pour :

  • le développement de l'enseignement à distance
  • le développement de la formation continue

Les étudiants inscrits à distance ne se présentent souvent qu'en deuxième session pour limiter les frais de déplacement, surtout quand ils sont éloignés. Il y a donc une vraie différence d'égalité de chances. Il est clair que l'aménagement de conditions d'examens à distance permettrait de :

  • rendre largement plus attractive une offre de formation à distance
  • d'augmenter les conditions de la réussite étudiante

C'est un domaine où il faut être innovant car peu de solutions sont mises en œuvre, encore moins des solutions prenant appui sur le numérique.

Les solutions non numérique consistent à faire composer les étudiants au sein de centres partenaires proches de l'étudiant. C'est la solution mise en œuvre par exemple à l'université Laval à Québec où les étudiants inscrits à distance peuvent composer dans l'un des 24 collèges partenaires de l'université. Ils sont répartis sur un maillage territorial tel, qu'un étudiant n'est jamais plus éloigné de plus de 100 kilomètres d'un centre d'examens. C'est un argument de poids pour l'attractivité de la formation à distance de l'université Laval mais cela reste lourd à gérer : 200 000 $ de dépenses par an.

Il faut essayer de répondre à la question des examens ou de la certification à distance en ne proposant pas une solution unique mais plutôt un bouquet de solutions. En premier lieu, il faut rappeler que le but n'est absolument pas de modifier les examens qui se passent au sein des établissements mais de proposer des modalités alternatives qu'un étudiant ou un stagiaire de formation continue pourrait solliciter s'il fait le choix de ne pas se présenter à l'examen dans les locaux de l'institution. Dans le bouquet de solutions complémentaires, on peut penser à :

  • des oraux réalisés en web-conférence
  • des examens passés et surveillés :
    • sur des sites délocalisés partenaires comme :
      • les centres d'enseignement à distance du réseau de la FIED
      • des lycées français à l'étranger
      • etc.
    • par un service de télésurveillance comme ProctorU

Dans tous les cas, la solution engendre des coûts. Un modèle économique de la formation à distance, qui intègre les coûts de certification à distance au même titre que d'autres coûts, comme par exemple ceux correspondant à la réalisation pédagogique, est à construire. Les frais de certification à distance restant à la charge de l'étudiant qui sont liés aux examens en présentiel seront toujours beaucoup moins lourds que :

  • des frais de voyage
  • des frais d'hébergement
  • des jours de congés

L'intérêt économique, en plus de l'intérêt environnemental et social, est important. Les étudiants des jeunes générations actuelles ne comprennent plus qu'un diplôme affiché à distance en e-learning demande encore des déplacements obligatoires. Le développement de l'offre de formation universitaire à distance nécessite donc, de façon urgente, de poser la question des moyens consacrés par les établissements aux solutions de certification à distance. Cet élément est devenu un critère de soutenabilité d'une offre à distance.

La solution de télésurveillance avec ProctorU nécessite d'être évaluée dans la mesure où aucune solution française ou au moins européenne n'existe à l'heure actuelle. Les besoins en France en ce domaine étant importants, une réponse en termes de filière professionnelle reste à organiser avec des acteurs français. En effet, selon  l'estimation de la FIED, 45 000 étudiants sont inscrits à distance en France. Si l'on considère qu'un étudiant doit passer 2 épreuves écrites par session sur 3 sessions par an - 2 semestres plus éventuellement la session de rattrapage - on peut compter une moyenne de 6 examens par an et par étudiant. Si on se donne une moyenne d'une heure par examen, on arrive à 270 000 heures d'épreuves à surveiller. En estimant à environ 1 700 heures annuelles un emploi à plein temps, on trouve ici une probabilité de près de 160 emplois, sans compter les heures découlant de la certification prévisible des MOOCs.

L'innovation et l'évolution des pratiques avec le numérique confirment leur impact sur  la création de nouveaux métiers à prévoir dans les domaines de l'enseignement supérieur en France.

La première révolution de la formation à distance a été le passage de l'enseignement par correspondance au e-learning au début des années 2000. La deuxième  révolution sera probablement la certification à distance. Les prémices en sont déjà posés...  

1ère publication : 8.04.2016 - Mise à jour : 22.07.2019