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L'Émulateur, une expérimentation d'accueil des étudiants en "Oui-si"

L'Émulateur est un espace pédagogique imaginé pour que chacun, quel que soit son histoire ou son parcours, se sente à sa place à l'Université en y étant reconnu pour ses qualités et son originalité, confiant en ses capacités, et fier d'acquérir des connaissances et des compétences cohérentes avec ses attentes.

Les enjeux

Le contexte socio-démographique du bassin d'implantation de l'Université d'Évry amène l'institution à accueillir une proportion importante d'étudiants qui peuvent être en décalage avec le système universitaire. Parmi les plus de 3 000 étudiants accueillis chaque année en première année de licence, on considère qu'environ 20% nécessitent un accompagnement spécifique, pour les guider sur la voie de la réussite.

Dès 2015, lors de son premier mandat à la présidence de cet établissement, Patrick Curmi a créé un Observatoire de la 1ère année de Licence, dont l'objectif principal était de comprendre ces étudiants, afin de pouvoir mieux les accompagner, les rendre plus autonomes et acteurs de leur parcours de vie.

En 2018, la Loi ORE a donné un cadre légal pour pouvoir étendre les actions qu'avaient mis en place cet observatoire et ainsi amplifier la politique d'accueil de l'établissement. Si l'Observatoire avait permis de cerner les difficultés de ces étudiants et de travailler sur des projets expérimentaux d'accompagnement sur une échelle relativement petite, avec la loi ORE, c'est le dispositif nommé Émulateur qui a pu voir le jour.

Un espace à part

L'Émulateur est d'abord un lieu situé en dehors de l'établissement mais proche de l'Université, au rez-de-chaussée de la Chambre des Métiers et de l'Artisanat. C'était un plateau en béton de 300m2, ouvert sur la rue, qui a été transformé en un espace modulable, aménagé de façon chaleureuse : sols, murs, décorations, peintures d'artistes, mobilier original (tables en forme de trapèze), tout a été pensé pour que les étudiants s'y sentent chez eux et soient invités à s'interroger. Du matériel pédagogique a été mis à disposition comme un tableau interactif, des cabines d'isolement sensoriel, un système audio performant...

Dans cet espace de socialisation à part entière, sont programmés en priorité les ateliers transversaux pour assoir la confiance et la légitimité d'être à l'Université des étudiants "Oui-si". Le lieu accueille en outre des événements comme en juin, une journée découverte des métiers de l'artisanat.

Le dispositif

8 ateliers ont été mis en place et intégrés au planning des cours du 1er semestre des étudiants à la rentrée 2018. 10 intervenants, dont 9 extérieurs à l'Université, sont chargés de les animer. Ces ateliers, basés sur l'acquisition de compétences transverses, sont ouverts aux étudiants qui ont été repérés par les enseignants comme faisant partie du dispositif "Oui-si", c'est-à-dire pouvant rencontrer des difficultés au cours de leur première année à l'Université.

Ces ateliers demandent 30 à 40 heures de présence. Ils sont présentés comme une aide, une ouverture plus qu'un soutien disciplinaire, avec une écoute bienveillante. Par exemple l'atelier de prise de parole donne des clefs pouvant servir toute la vie, pour :

  • Apprendre à s'exprimer avec une pensée préalable
  • Préparer des oraux, des entretiens professionnels
  • Effectuer du travail en groupe
  • S'exprimer dans le cadre privé

Les étudiants sont mis face à un rappeur, un DRH ou un avocat qui, chacun avec son langage, va délivrer une parole qui a du sens, et qui marquera son auditoire.

Premiers constats

L'Émulateur a accueilli initialement en octobre 2018, 115 personnes sur les 600 étudiants "Oui-si". En décembre 2018, avec le bouche-à-oreille, près de 300 étudiants soit près de 50% de l'effectif avaient rejoint ce dispositif. De façon intéressante, une majorité d'étudiants a souhaité poursuivre son investissement dans l'Emulateur un trimestre supplémentaire. Forte de cette expérience, l'Université a modifié son calendrier pour démarrer les ateliers dès le mois de septembre 2019, et prévu de mieux insérer les ateliers dans le planning estudiantin en évitant des horaires trop tardifs.

Lors de cette première année de déploiement, les étudiants n'avaient aucune obligation de suivre le dispositif. Il  s'agissait d'un contrat moral, basé sur le volontariat des étudiants. Le retour d'expérience démontre que si les jeunes ne sont pas responsabilisés, que leur participation n'est ni valorisée, ni sanctionnée, la mise en œuvre n'est pas optimale. L'Université a fait le choix à la rentrée 2019 de mettre en place un engagement écrit de l'étudiant à suivre le dispositif sur sa durée.

Le suivi des étudiants en "Oui-si" dans le cadre de l'Émulateur a aussi permis de détecter ceux dont le retard est imputable à des troubles "Dys". Pour certains étudiants, ce fut une découverte et la compréhension de leurs difficultés d'apprentissage vécues bien avant l'arrivée à l'Université. Cette étape a permis d'aider ces jeunes, en les orientant vers des professionnels.

Un impact positif

De façon unanime, les jeunes qui ont été suivis dans le cadre de l'Émulateur y ont trouvé un bénéfice. Un retour a aussi été demandé aux enseignants et intervenants afin de permettre quelques ajustements à la rentrée 2019. De façon générale, on constate que les "Oui-si" qui ont suivi un accompagnement ont un taux de réussite aux examens proche des étudiants qualifiés de "Oui", alors que les "Oui-si" qui n'ont pas été assidus aux ateliers sont en net décalage vers le bas. En résumé, l'Émulateur et ses dispositifs permettent sans conteste de mettre les jeunes sur une bonne trajectoire.

Enfin cette politique d'accompagnement a été bénéfique pour l'ensemble des encadrants, enseignants comme administration, en changeant le regard porté sur ces étudiants.

1ère publication : 2.09.2019 - Mise à jour : 21.10.2019