Les métiers du numérique : des opportunités à saisir par les femmes ?

Les métiers du numérique sont actuellement en fort développement. Ce sont des métiers fortement masculinisés. Leur féminisation constitue-t-elle une opportunité pour les femmes ? Quels sont les freins à cette féminisation ?

Les métiers du numériques : des besoins de recrutements croissants

Les métiers du numérique sont actuellement en phase de développement en termes d'emploi. L'enquête "Besoins en Main-d'Œuvre" (B.M.O.) de 2018 menée par Pôle emploi identifie , en Île-de-France, les métiers hautement qualifiés du numérique comme étant les  métiers avec le plus grand nombre de projets de recrutement, soit près de 25000 recrutements envisagés. Il s'agit des métiers :

  • d'ingénieur
  • de cadre d'études
  • de R&D en informatique
  • de chefs de projet informatique

Le développement des données numériques tendent à développer les besoins des entreprises dans de nombreux domaines :

  • capture des données par des outils du big data
  • analyse de ces données
  • sécurisation
  • circulation via le net
  • etc.

Ces activités sont porteuses de professions qui se développent parmi lesquels les professions de :

  • Chief Data Officer
  • Business Intelligence Manager
  • Data Scientist
  • Data Miner
  • Data Analyst
  • Data Protection Officer
  • etc.

De plus les anglicismes des noms de ces métiers apportent une image positive d'innovation surtout auprès des jeunes.

Cependant ces professions techniques, pour lesquels les entreprises identifient des difficultés de recrutement, sont essentiellement pratiquées par des hommes. En Île-de-France, ces emplois sont occupés à plus de 75% par des hommes. Le taux de masculinité de ces professions est un peu plus faible chez les moins de 30 ans (73,5%) laissant espérer une féminisation plus importante avec les plus jeunes générations et offrant ainsi aux femmes l'accès à des professions ayant de réelles opportunités d'emploi.

Des métiers au masculin

Quels sont les éléments de compréhension de cette dominante masculine dans ces professions ?

Lorsque les entreprises sont favorables à l'embauche de femme pour les métiers de l'informatique, elles disent se heurter à des difficultés par manque de candidatures de femmes qualifiées. Lorsqu'elles recrutent une femme, il faut alors que les dirigeants de la structure veillent à offrir un contexte de travail acceptable et neutre. Des efforts doivent alors être faits au sein des entreprises pour répondre à cet objectif.

Plusieurs éléments auto-alimentent la situation de masculinisation dominante dans ces professions :

  • une image de geek, "accro" à l'ordinateur et aux jeux vidéos
  • une image de professions exercées souvent en horaires décalés pour finaliser des projets
  • un faible nombre de femmes orientées vers les formations indispensables pour exercer ces professions

Les images véhiculées sur les pratiques de ces professions tel que :

  • le nécessaire engouement presque addictif lié à l'ordinateur et à son offre d'activité
  • l'isolement de l'individu face à son écran

viennent se heurter à des images culturellement et traditionnellement attribuées aux femmes qui sont ancrées dans la relation sociale ou tournées vers la vie quotidienne du foyer. En effet, ces activités paraissent peu compatibles entre elles. L'ensemble de ces images repoussent culturellement les femmes de ces professions que soit par un phénomène d'auto-censure ou la pression de leur entourage. Cette situation est aussi véhiculée par l'intermédiaire de professionnels de l'orientation qui excluent ces professions de tout projet professionnel pour les femmes.

L'orientation privilégiée des jeunes femmes ou des filles vers des formations non scientifiques et techniques créée un biais important pour la construction d'un projet professionnel dans le domaine du numérique surtout si celui-ci n'a pas pour principal objet l'image et la création visuelle, domaine où les femmes arrivent à se glisser un peu plus aisément.

Lors d'une conférence organisée par Simplon.co, une jeune femme a apporté le témoignage de sa propre expérience expliquant qu'elle avait demandé à suivre une formation technique dans le domaine informatique et qu'elle s'était vue proposée une formation en webdesign. Lors de cette même conférence une autre témoigne de sa difficulté d'orientation. En effet, alors qu'elle était à la recherche de la filière d'enseignement la plus adéquate pour exercer un métier technique de l'informatique, elle s'est vu proposer une inscription en formation de B.T.S. secrétariat.

Les approches culturelles sur les professions sont importantes et souvent très ancrées dans les sociétés. De ce fait, elles guident et stéréotypent les projets professionnels dans l'ouverture du champ des possibles que ce soit :

  • par auto-censure
  • par pression sociale
  • par transmission et choix d'informations véhiculées par les professionnels de l'orientation et de la formation

Pour exemple, en Inde, les métiers de l'informatique, y compris les métiers techniques, sont pratiqués aussi bien par les hommes que par les femmes.

Lorsque les femmes ont réussi à se frayer un chemin vers ces professions en trouvant les formations adéquates, elles se heurtent parfois à des difficultés d'intégration en milieu professionnel. Elle pénètre un monde d'hommes avec des ambiances sexistes et agressives qu'il s'agisse :

  • de la "décoration" du lieu de travail :
  • affiches
  • produits dérivés (goodies)
  • fond d'écran
  • du langage utilisé par les collègues masculins
  • etc.

Les responsables d'entreprise et les managers d'équipe jouent alors un rôle important pour assurer un accueil et une insertion satisfaisante des femmes recrutées.

Vers une plus grande mixité

Le développement du numérique dans la société, que ce soit dans le cadre de la vie personnelle ou de la vie professionnelle, ouvre les métiers à une plus grande mixité tout en élevant le niveau de recrutement. Ainsi, les situations sont en cours d'évolution, mais si ces évolutions ne sont pas portées et valorisées pour faciliter leur essaimage, leur propagation sera lente et pourra se heurter à des situations de régression. Pour favoriser la mixité de ces professions, il est donc important de :

  • donner à connaître ces métiers du numérique
  • de valoriser ce qui est mis en place

Quelques exemples de ces initiatives existent déjà :

  • Le syndicat professionnel Syntec développe depuis 2011 un programme Femmes du numérique qui relaie :
  • études
  • témoignages
  • prix
  • etc.
  • Simplon.co, organisme de formation solidaire, a mis en place un programme "#Hackeuses" qui permet d'augmenter la proportion de femmes dans les formations Simplon.co. grâce à des actions :
  • de sensibilisation
  • de communication
  • de formations dédiées
  • l'Institut Mines-Télécom porte un MOOC intitulé "Mixité dans les métiers du numérique" pour favoriser la mixité dans le numérique
  • l'Institut Mines-Télécom Business School où a été créé le groupe "gender@Telecom" qui mène des recherches sur la mixité des métiers et sensibilise les futurs managers aux conditions de "neutralité" du milieu professionnel en termes de genre
  • le trophée Excellencia qui promeut le secteur du numérique auprès des jeunes femmes en les aidant à concrétiser leur projet professionnel
  • etc.
1ère publication : 5.09.2018 - Mise à jour : 17.09.2018