Pédagogie et documentation : les enjeux d'une nouvelle alliance

Étudiants

Comment enseignants et bibliothécaires vont-ils travailler ensemble ? Leur collaboration est un levier potentiel pour la transformation pédagogique de l'enseignement supérieur. Une étude vient d'être menée sur le sujet et un groupe de travail propose des recommandations.

Rapport - 14.12.2016

Un enjeu pour le Ministère

Le Ministère a initié un travail sur le thème de la collaboration entre les équipes pédagogiques et les services de documentation. Dans le contexte de la transformation pédagogique de l'enseignement supérieur, la manière dont les parcours de formation font appel à la bibliothèque et la façon dont les enseignants inter-réagissent avec les personnels de documentation deviennent un levier potentiel d'évolution des pratiques.

Les enjeux du lien pédagogie-documentation vont bien au-delà de l'introduction de nouvelles pédagogies dans les formations documentaires. Il s'agit, pour les enseignants et les personnels de documentation, de travailler à la définition d'objectifs communs sur ce que l'université peut apporter aux étudiants en termes de formation et d'apprentissage. Parmi ces objectifs :

  • l'utilisation des espaces avec la création de nouvelles structures de type learning center
  • l'acquisition des compétences transversales dites "informationnelles"
  • la mise à disposition des ressources avec la possibilité offerte par le numérique d'élargir avec équité l'accès aux ressources pédagogiques

Le ministère a mis en place début 2015 un groupe de travail sur ce thème. Il était constitué de :

  • représentants de réseaux d'enseignants et des bibliothèques
  • responsables de formation
  • personnels de documentation
  • représentants de :
    • l'I.G.B. (Inspection Générale des Bibliothèques)
    • l'ENSSIB

Ce groupe de travail a commandité au laboratoire Lisec (Laboratoire Interuniversitaire des Sciences de l'Éducation et de la Communication) un rapport pour connaître le niveau actuel des collaborations. Ce laboratoire regroupe des enseignants-chercheurs des universités suivantes :

Rendu en juin 2016, le rapport dresse un état des lieux de la situation. Représentatif de tous les acteurs concernés, le groupe de travail publie en juillet 2016 ses recommandations pour le développement de la collaboration.

Un état des lieux national

Le rapport du Lisec est intitulé "Articulation et collaboration entre les équipes pédagogiques et les services de documentation au cœur de la transformation pédagogique de l'enseignement supérieur". Il présente l'étude que le laboratoire a conduite entre septembre 2015 et juin 2016.

Il se base sur 2 enquêtes :

  • l'une qualitative, qui analyse des entretiens menés dans une douzaine d'établissements représentatifs de l'enseignement supérieur public français
  • l'autre quantitative, qui exploite un questionnaire adressé à l'ensemble des responsables de formation et des directeurs des services de documentation

Les équipes pédagogiques et les services de documentation travaillent, d'une manière générale, plutôt côte à côte qu'ensemble. Le rapport, riche et fourni, offre des éclairages variés, tirés des entretiens et des réponses aux questionnaires. Il fait un tour d'horizon des relations qu'entretiennent enseignants et personnels de documentation et les examine sous 4 angles :

  • les structures institutionnelles
  • les espaces
  • les ressources
  • les compétences

An niveau des structures institutionnelles, c'est surtout "la faiblesse des instances pédagogiques intermédiaires" qui rend difficile la collaboration. Quant aux services de documentation, ils échangent peu avec les autres services d'appui :

  • SUP (Service Universitaire de Pédagogie)
  • TICE
  • les conseils de perfectionnement

Lorsqu'un travail commun se met en place, il repose le plus souvent sur des initiatives individuelles.

Les espaces peuvent être :

  • physiques : la bibliothèque
  • virtuels :
    • les portails
    • les plateformes
  • hybrides

Ils représentent un lieu de croisement important entre la pédagogie et la documentation. De nombreux projets sont en cours de développement, comme les learning center. Le concept de learning center reste toutefois "difficile à s'approprier".

S'agissant des ressources, elles suscitent des échanges entre enseignants et S.C.D. (Service Commun de la Documentation) autour de la "médiation", pour faciliter leur accès auprès des étudiants. Mais d'autres volets ne donnent lieu qu'à une faible coopération :

  • les acquisitions
  • l'indexation
  • l'hébergement
  • l'utilisation des nouvelles ressources numériques :
    • MOOCs
    • ressources pédagogiques libres
    • etc.

On constate, dans les formations de licence, "un cloisonnement entre les ressources éditoriales proposées par la B.U. et celles présentées directement par les enseignants à leurs étudiants, souvent sur l'E.N.T.".

Enfin, l'enjeu des compétences informationnelles des étudiants est reconnu aussi bien par les directeurs de S.C.D. que par les responsables de formation. Mais les enseignants voient davantage la bibliothèque comme un centre de ressources que comme un espace d'apprentissage. Les formations documentaires s'appuient rarement sur les contenus disciplinaires.

Le rapport, dans ses conclusions, souligne que "peu de cours sont pensés ou dispensés en prenant appui sur les collections de la B.U." et qu'une meilleure collaboration entre les enseignants et les services de documentation nécessiterait "un décloisonnement des espaces formels et informels".

Des propositions pour une meilleure collaboration

Le groupe de travail de la DGESIP, qui était le premier destinataire du rapport du Lisec, a rendu ses conclusions en juillet 2016. Il formule des recommandations pour le développement de la collaboration. Elles sont ensuite déclinées en propositions d'actions au niveau :

  • du Ministère
  • des établissements
  • des opérateurs

Les recommandations du groupe de travail sont :

  • développer, au niveau de l'établissement, une vision stratégique de l'articulation entre la politique de formation et les autres dimensions de la politique de l'établissement, dont la politique documentaire
  • donner corps aux équipes pédagogiques en s'appuyant sur des projets et y faire participer les personnels de documentation
  • renforcer la représentation des services de documentation dans les instances de l'établissement et les regroupements d'établissements
  • former et accompagner les personnels enseignants et de documentation pour développer une culture commune sur les questions de pédagogie
  • prendre en compte les acquis d'apprentissage des étudiants dans les parcours de formation, dont la compétence informationnelle
  • mettre à la disposition des étudiants un ensemble étendu et varié de ressources pédagogiques numériques
  • sensibiliser les établissements au fait que la transformation pédagogique a pour corollaire la transformation des espaces. Les espaces, dont celui de la bibliothèque, ne peuvent échapper à une transformation

La C.P.U., la CDEFI et l'A.D.B.U. ont pris connaissance des conclusions du groupe de travail. L'A.D.B.U. soutient les propositions émises et souligne que les notions de ressources "pédagogiques" et "documentaires" doivent être explicitées chaque fois que c'est nécessaire en fonction des acteurs en présence. Ces derniers peuvent en avoir des représentations différentes. La C.P.U. exprime son point de vue sur certaines des recommandations. Elle préconise de mettre en place une stratégie nationale plutôt que d'avoir recours au lancement d'appels à projet. Elle n'est pas favorable à ce que le directeur des services de documentation ait une représentativité de droit dans les conseils centraux. Malgré ces réserves, la commission de la formation de la C.P.U. encourage les actions proposées.

L'ensemble des recommandations, avec leurs détails, sont présentées dans les conclusions du groupe de travail.

1ère publication : 14.12.2016 - Mise à jour : 29.06.2017