Numérique et certification à distance

L'enseignement universitaire à distance pour les étudiants incarcérés

Un réel défi pour les universités
Enseignante qui donne un cours © MESR/PICTURETANK

L'enseignement à distance en prison est un réel défi pour les universités dotées de ce type d'enseignement. Elles doivent adapter leurs modalités administratives et pédagogiques pour offrir ce service à des publics soumis à l'interdiction partielle voire totale d'accès aux usages numériques.

Article - 21.03.2016

L'enseignement à distance en prison

L'enseignement à distance en prison est un réel défi pour les universités dotées de service d'enseignement à distance. Elles doivent adapter leurs modalités administratives et pédagogiques pour offrir ce service à ces publics soumis à l'interdiction partielle voire totale d'accès aux usages numériques.

Plus de 700 étudiants incarcérés sont inscrits dans l'enseignement supérieur. Un tiers environ suit une formation à distance en vue d'obtenir le diplôme d'accès aux études universitaires (D.A.E.U.) qui est l'équivalent du baccalauréat. Ce nombre assez faible d'inscrits cache de fortes dispersions des étudiants dans de nombreuses disciplines et universités. Cette caractéristique implique une fragmentation des réponses universitaires et montre surtout le nécessaire travail de :

  • clarification
  • structuration de l'offre de formation
  • mobilisation des équipes, des responsables de l'enseignement à distance

pour répondre à un réel besoin de suivi, d'accompagnement et de formation des publics incarcérés.

Les apports et les spécificités de l'E.A.D. en prison

Le suivi des cours à distance est autorisé dans les différents établissements pénitentiaires :

  • maison d'arrêt
  • centre de détention
  • etc.

Les services d'enseignement à distance des universités visent à développer un dispositif pédagogique tourné vers des ressources numériques adaptées (cours complets scénarisés ou enrichis par des animations) renforcé par un accompagnement :

  • tutorat spécifique assuré par un enseignant voire par un étudiant de fin d'études
  • des devoirs en ligne
  • des forums
  • des regroupement en présence

L'enseignement en prison pourrait se confondre avec l'enseignement par correspondance tel qu'il était dispensé avant l'usage du numérique. L'objectif est de proposer des dispositifs administratifs et pédagogiques adaptés pour ces étudiants incarcérés.  

Les spécificités administrative et organisationnelle de l'E.A.D. en prison

L'accès à l'enseignement est un droit fondamental pour les publics incarcérés. La FIED et l'université Paul-Valéry Montpellier ont proposé un "guide de la scolarité universitaire en milieu carcéral" pour répondre à une demande émanant des centres pénitentiaires. Les objectifs sont :

  • d'expliquer l'ensemble des démarches administratives aux Responsables locaux d'Enseignement (R.L.E.) des prisons
  • de faciliter la mise en place des procédures administratives, organisationnelles et techniques correspondantes dans les établissements d'enseignement supérieur français

Ce guide a été réalisé en collaboration avec la Direction de l'Administration Pénitentiaire.

Les spécificités pédagogiques de l'E.A.D. en prison

En prison, l'enseignement à distance reste encore peu développé car il se confond avec un enseignement par correspondance. Les expériences menées récemment par des universités comme l'Université Paris-Est Marne la Vallée ou Paris Descartes associent des formations à distance avec des cours en présentiel.

Cette expérience est notamment financée par la Région île de France et soutient des initiatives d'adaptation des cours aux spécificités organisationnelles et pédagogiques des publics incarcérés.

Le défi pédagogique pour les formations de niveau baccalauréat, licence et master, tient à :

  • la difficulté d'apprentissage de la personne
  • l'absence de culture méthodologique
  • une motivation qui s'affaiblit rapidement
  • la restriction voire l'interdiction totale d'utiliser les outils numériques privilégiant un enseignement "sur papier"

Il faut alors proposer un dispositif pédagogique adapté et motivant pour ces étudiants non connectés et souvent en grande difficulté. Les travaux qui associent :

  • la Direction de l'Administration pénitentiaire
  • des responsables d'Unités Pédagogiques Régionales
  • le groupe de travail "étudiants empêchés" de la FIED

mettent en perspective ces spécificités et apportent des adaptations pédagogiques pour les universités participantes.

Il faut sensibiliser les enseignants des services à distance engagés pour mieux répondre aux besoins et aux contextes organisationnels des étudiants non connectés.

L'identité de l'étudiant incarcéré

Avant d'être reconnu "étudiant incarcéré", le détenu doit faire face à un défi devant l'ampleur des difficultés d'apprentissage :

  • l'accès difficile à l'information en dépit des personnels d'enseignement présents :
    • enseignants
    • intervenants d'associations engagées dans la lutte contre l'illettrisme
  • le manque de sociabilité et/ou d'espace de travail dédié
  • le rapport au temps
  • la rupture des études
  • un échec premier

Pour tout cela il faudra le soutenir dans sa démarche par des attentions. La seule délivrance d'une carte d‘étudiant valorise la personne, elle devient un étudiant.

Yacine, 25 ans, L3 Histoire témoigne dans l'ouvrage "Être étudiant en prison" Fanny Salane, éd. La documentation française, Membre du groupe de travail, FIED :

"J'étais incapable d'autodiscipline. Je me disais, moi, je pensais que la vie était comme ça : je fais ce que je veux, quand je veux. Comme ça on réussit pas en fin de compte, etc. Et petit à petit, je sais pas, je me suis dit, j'ai compris que c'était avec l'autodiscipline qu'on pouvait réussir à quelque chose, qu'il fallait des règles quoi, etc."

Le Groupe de travail  "étudiants empêchés FIED"

La FIED rassemble des établissements d'enseignement supérieur qui ont choisi de conjuguer leurs efforts pour assurer le développement d'un enseignement à distance de qualité. Ce réseau permet de couvrir l'ensemble des disciplines universitaires françaises.

Actuellement 38 établissements qui proposent plus de 500 formations. L'association a constitué un groupe de travail en 2012 pour favoriser l'enseignement supérieur universitaire à distance auprès des publics empêchés par un handicap ou suite à une incarcération. Très peu d'étudiants incarcérés ont une information suffisante sur les enseignements et les formations qu'ils pourraient suivre à distance.

Pourtant, le nombre de ces étudiants n'est pas négligeable et l'Administration Pénitentiaire encourage cette initiative qui favorise la réinsertion sociale des étudiants à l'issue de leur peine.

Parmi les missions du groupe de travail, il convient de :

  • clarifier l'offre en E.A.D. des universités associées
  • la rendre plus attractive pour ces étudiants
  • l'adapter aux exigences :
    • administratives
    • organisationnelles
    • pédagogiques

A partir d'un état des lieux des étudiants incarcérés en 2012 présenté par la Direction de l'Administration Pénitentiaire (DAP), ce sont 14 universités membres de la FIED qui assurent des formations auprès des ces publics. Cette liste non définitive est disponible sur le site internet de la FIED.

Un livret pédagogique pour adapter les pratiques des universités

Le groupe de travail proposera courant 2016 un cahier des charges spécifique qui permette d'adapter les modalités pédagogiques. Par exemple, comment réduire la distance entre les enseignants et l'étudiant incarcéré ?  En proposant aux étudiants des séances asynchrones par vidéo-conférence pour compléter l'envoi de cours écrits (C.D.ROM, etc.) avec l'accord des responsables et R.L.E. locaux.

Nous travaillons sur la définition de nouvelles modalités d'accompagnement pédagogiques pour moderniser l'enseignement et répondre de façon innovante aux différentes demandes de ces publics empêchés :

  • envoi de documents
  • lien avec les étudiants incarcérés à travers des CD ROM qui reprennent les échanges sur forum et adressés via le Responsable Local d'enseignement des prisons
  • adaptation pédagogiques pour accompagner et favoriser le suivi des ces étudiants à distance
  • interventions ponctuelles en présence
  • accès aux sources documentaires
  • adaptation des cursus et des rythmes
  • assouplissement des stages par un mémoire

Ce travail permet de cibler les modalités pédagogiques de référence pour l'offre de formations :

  • D.A.E.U.
  • licence
  • master

proposées par les universités concernées.

L'université Montpellier 3 Paul Valéry à travers un projet d'excellence (IDEFI) contribue par ses expériences à la rédaction du "guide pédagogique à usage des universités"  au sein du groupe de travail FIED.

La signature d'un accord-cadre entre les universités et le ministère de la justice

Les universités doivent agir en mutualisant les pratiques aux plans organisationnel et pédagogique en lien avec les prisons pour :

  • favoriser le déploiement de l'offre de formations universitaires à distance dans les établissements pénitentiaires
  • faire évoluer les pratiques pédagogiques dans les prisons

Des conventions entre les universités et les centres pénitentiaires sont le fruit d'un travail de terrain de personnels engagés souvent volontairement. La signature d'un accord-cadre entre les universités représentées par la Conférence des Présidents d'universités et le ministère de la justice sera générateur d'actions plus ambitieuses.

1ère publication : 21.03.2016 - Mise à jour : 13.06.2016