Pédagogie et numérique : l'enseignement supérieur au défi de la mondialisation ?

Du mercredi 28 au vendredi 30 mars 2018 à Marrakech

Les colloques TiceMed suivent le développement des Technologies de l'Information et de la Communication dans l'éducation (TICE), désormais appelées plus communément "numérique éducatif", et témoignent de leurs usages dans les pays du Nord et du Sud grâce à un rassemblement large de compétences pluridisciplinaires. Le thème de cette 11ème édition de TiceMed en 2018 est :
Pédagogie et numérique : l'enseignement supérieur au défi de la mondialisation ?

Dans un rapport sur les « évolutions de l'enseignement supérieur au niveau mondial » de 2009, l'UNESCO recense les principales transformations subies par les systèmes éducatifs. Le rapport insiste ainsi sur l'impact de la mondialisation, « réalité majeure du XXIème siècle, ayant déjà profondément influencé l'enseignement supérieur » (Altbach, Reisberg, & Rumbley, 2009: 5). Les auteurs précisent ensuite : « par mondialisation, nous entendons la réalité déterminée par une économie mondiale de plus en plus intégrée, les nouvelles technologies de l'information (TIC), l'émergence d'un réseau international du savoir, le rôle de la langue anglaise ainsi que d'autres forces indépendantes de la volonté des établissements universitaires » (ibidem). A ce phénomène s'ajoute le défi de la massification et de la mobilité, qui, selon le rapport, apparaît comme une des causes principales des transformations intervenues ces dernières décennies. Face à l'accroissement de la demande, l'enseignement supérieur s'est vu contraint de prendre des mesures touchant tout autant ses procédures administratives que sa pédagogie. Dans ce contexte, le numérique est envisagé comme un outil potentiellement pertinent et efficient, répondant également aux nouveaux enjeux du développement technologique.
Open courses, social and collaborative learning, mobile learning apparaissent, entre autres, comme autant de solutions innovantes mises à disposition du monde universitaire. De quelles manières les acteurs s'approprient-ils ces outils pédagogiques issus de la globalisation, dans un contexte local ? En quoi répondent-ils, ou pas, à la nécessité de gérer l'augmentation des effectifs dans les universités ? A ces problématiques empiriques s'ajoute celle du statut de la recherche en pédagogie dans les établissements d'enseignement supérieur : comment la notion, encore débattue, de « pédagogie numérique » s'insère-t-elle dans des institutions qui sont parfois peu enclines à mettre leurs paradigmes et méthodes en question ?
Comme le note Nicole Poteaux (2013) dans un numéro spécial de Distances et Médiations des Savoirs consacré à « TIC et fonction enseignante à l'université : questions pour la recherche » (Gremmo, Massou, dirs, 2013), le terme « pédagogie » ne recouvre pas les mêmes notions en Français et en Anglais, où il est plus fréquent d'entendre parler de teaching and learning. Elle constate que : « dans le milieu universitaire [français], le mot « pédagogie » garde souvent une connotation négative et génère également des controverses qui opposent les contenus à enseigner à la façon de le faire » (Poteaux, 2013 : 3). Le bouleversement qu'impose la technologie, nous amène à considérer le renversement de paradigme que constitue le passage d'une primauté des savoirs transmis à celle des savoir-faire acquis. « L'introduction de la pédagogie dans l'enseignement supérieur, prise entre les tenants de la primauté de la transmission des savoirs savants et ceux qui s'intéressent aux formes de leur acquisition, saura-t-elle instaurer le nécessaire dialogue ? » (ibid. : 3).
Cette question est au centre de la problématique de la mondialisation, puisque le modèle anglo-saxon, qui oriente massivement cette globalisation de l'offre numérique (cours, contenus, outils), penche plutôt du côté de l'acquisition, alors qu'autour de la Méditerranée, le modèle de la transmission semble garder une place importante. On le constate notamment au niveau des publications francophones, où les Belges et les Canadiens (Québécois) dominent la recherche didactique, alors que le système universitaire français amorce depuis peu une réorientation de sa politique d'accompagnement des enseignants sur la pédagogie universitaire (Lameul, Loisy, 2014). Cette 11ème édition de TiceMed souhaite prolonger ce questionnement à Marrakech, en l'élargissant aux problématiques de la mondialisation et des différences de contextes universitaires entre pays du Nord et pays du Sud (Benchenna, 2008). A travers des exemples variés, TiceMed 11 aura ainsi pour objectif d'analyser la façon dont se décline l'appropriation d'outils et ressources numériques globalisés dans différents contextes locaux. Plusieurs axes de réflexion vont structurer le colloque et sont indiqués aux auteurs pour proposer leur communication, sans que cette liste soit limitative.
Axe 1. L'appropriation locale des outils et ressources mondialisés
Si ces questionnements touchent le monde de l'enseignement de façon globale, les problématiques restent pourtant bien liées à des enjeux locaux : au Nord, le souci de motiver les étudiants, d'individualiser et de professionnaliser les parcours de formation, au Sud, des exigences de plus en plus fortes face à la massification d'une jeunesse en forte demande. Pour tous, la volonté de s'inscrire dans des démarches d'amélioration continue, dans laquelle les outils du numérique pourraient prendre part. Dans quelle mesure des outils conçus par l'industrie, entre autres, peuvent-ils servir l'université ? Dans quelle mesure des outils majoritairement conçus au Nord et pour le Nord peuvent-ils servir le Sud ? Inversement, dans quelle mesure le Sud peut-il profiter du numérique pour inventer, créer, innover et proposer ses propres solutions, adaptées aux enjeux locaux ? Nous interrogerons donc les mouvements de va-et-vient du global au local, en soulignant les facteurs favorisant les initiatives innovantes et adaptées aux contextes d'usage.
Axe 2. Le numérique pour relever le défi de la massification
L'essor des technologies numériques de l'information et de la communication interroge à la fois nos modes de lecture, de construction de la réflexion et des savoirs (Kiyindou, 2014) : multiplication des supports de lecture (supports mobiles), modification de nos rapports à l'information et aux savoirs universitaires (instantanés, partagés), transformation de notre rapport au document (modifiable, collaboratif, ouvert). Le foisonnement et la facilité d'accès de ces outils et ressources numériques peuvent nous interpeller, voire nous désemparer, mais ils peuvent également offrir des réponses aux enjeux de la massification de l'enseignement supérieur, que ce soit en France et dans le pourtour méditerranéen (Maghreb, Europe du Sud et de l'Est, Liban, Egypte...). Selon quelles modalités ? Avec quels contraintes et nécessaires ajustements ?
Axe 3. La pédagogie universitaire et la mobilité
Face au bouleversement structurel de nos modes d'accès, de création et de diffusion des savoirs engendré par la mobilité numérique, il s'agira d'évaluer dans quelle mesure le monde de l'enseignement supérieur peut participer à ces évolutions. Face à quelles contraintes et éventuelles résistances locales, ou nationales, se retrouve-t-il ? Quels sont les leviers pour permettre une transition acceptée par la communauté universitaire? Quels contextes semblent favorables aux changements des pratiques pédagogiques, à l'échelle locale et nationale ? Comment intégrer ces changements et s'approprier ces outils numériques de plus en plus nomades ? Quel positionnement et quelle posture adopter face à une population d'étudiants majoritairement usagère du numérique et de ces outils nomades, pendant et en dehors des cours ?

Publication : 17.05.2019