Innovations numériques dans le supérieur

Bilan et perspectives des premières rencontres de la F.T.L.V. dans l'enseignement supérieur

Adultes travaillant sur un ordinateur portable© Fotolia

La 1ère journée des Rencontres de la formation tout au long de la vie dans l'enseignement supérieur a mis en évidence les apports du numérique : flexibilité, mobilité et personnalisation. Cet événement a réuni environ 130 acteurs de l'enseignement supérieur et de la formation professionnelle.

Article - 3.06.2016

Bilan des 1ères Rencontres F.T.L.V.

Cette première journée avait pour thématique : "Quels apports du numérique au service de la Formation Tout au Long de la Vie ?". L'objectif : faire apparaître et mettre en valeur la complémentarité des réseaux de formation :

  • initiale
  • continue
  • distance

Les établissements d'enseignement supérieur et leur gouvernance se sont lancés dans des stratégies numériques ambitieuses avec un travail conséquent sur les schémas directeurs numériques. Ils seront bientôt sollicités pour entreprendre une réflexion de même nature pour la prise en compte de la F.T.L.V. dans leurs organisation et offres de service, à travers des schémas directeurs pour le développement de la F.T.L.V.

Cette journée a rassemblé les responsables de formation, les acteurs de la formation continue et des stratégies numériques pour :

  • échanger sur les enjeux de la F.T.L.V.
  • analyser les opportunités offertes par le numérique
  • faire émerger quelques propositions clefs à travailler à court ou à moyen terme

Le panel des personnes présentes lors de cette première journée "Rencontres de la F.T.L.V." par secteur et par fonction a montré l'intérêt de chacun pour un travail collaboratif actif entre des services traditionnellement cloisonnés. La journée d'étude a permis d'aborder ces questions à partir de l'appui du numérique à la formation tout au long de la vie.

Les conférences plénières ont permis de présenter les principales orientations du rapport Germinet sur la F.T.L.V., confortées par des retours d'expériences à l'international. Le numérique qui favorise :

  • flexibilité
  • mobilité
  • personnalisation

apparaît aujourd'hui comme un levier très efficace.

Les ateliers en parallèle, préparés sur une plate-forme collaborative en amont des Rencontres, ont été l'occasion de travailler sur des questions telles que :

  • la certification
  • l'individualisation des parcours
  • l'impact sur les pratiques des acteurs

La journée s'est conclue par des échanges entre les différents réseaux d'acteurs de la F.T.L.V.:

  • C.P.U.
  • F.C.U.
  • FIED
  • ANSTIA

Discussions dans les ateliers

Trois ateliers ont permis aux participants de la journée de s'exprimer sur les thématiques suivantes :

  • l'évaluation des connaissances et la certification des compétences acquises s'appuyant sur les technologies
  • l'individualisation des parcours de formation
  • l'impact sur les pratiques et sur les acteurs :
    • étudiants
    • enseignants
    • services

Atelier 1 : L'évaluation des connaissances et la certification des compétences acquises

Former en F.T.L.V. nécessite d'attester de l'atteinte :

  • de certains objectifs
  • d'un savoir
  • de compétences dans certaines situations

par les apprenants.

La F.T.L.V. amène à repenser la question de l'évaluation et de la certification. Le numérique peut contribuer à de nouvelles approches certificatives face à des situations particulières liées à :

  • la distance
  • l'asynchronisme

en répondant à des exigences comme :

  • l'identification du candidat
  • la sécurisation face à la fraude

Adapter les formations universitaires pour les rendre plus attractives en F.T.L.V. requiert aussi de repenser les modalités d'évaluation et de certification qui y sont pratiquées. C'est un travail complémentaire de l'ingénierie pédagogique qui définit les modalités de la formation :

  • présentielle
  • à distance
  • hybride

C'est sur cette vision que les participants de l'atelier ont croisé leurs points de vue.

Parmi les discussions entre les participants de l'atelier certains points ont très vite fait consensus. Dans une démarche de F.T.L.V., il faut :

  • aller vers une approche de l'évaluation par compétences
  • spécialiser certaines formes d'évaluation (dans la modalité comme dans le fond) en différentiant :
    • l'évaluation en formation initiale
    • l'évaluation en formation continue (c'est d'ailleurs tout à fait ce qu'on observe dans les procédures de V.A.E.). Dans cette spécialisation, il faut aussi intégrer le modèle économique de la formation car certaines modalités adaptées à la F.C. peuvent occasionner des frais (par exemple, les services de télésurveillance en ligne).

La question de l'alignement pédagogique, comme mise en cohérence entre des choix pédagogiques et les choix d'évaluation a été un point de débat.Certains participants pensaient qu'en dehors des choix pédagogiques, la modalité du contrôle continu est beaucoup plus naturelle dans une formation en F.C. qu'un contrôle terminal et d'autres non car c'est précisément cette question qui fait l'alignement pédagogique.

Pour tous les participants, le numérique constitue bien un levier qui permet une efficience dans le changement d'échelle attendu. Il change l'évaluation et permet d'exploiter des traces d'apprentissage fines (grâce aux learning analytics par exemple). Un problème qui est encore posé aujourd'hui est de faire accepter ces traces numériques par les financeurs de la F.C., comme les OPCAs.

Les participants de l'atelier ont proposé une harmonisation inter-OPCAs des critères recevables pour attester d'un parcours d'apprentissage.

Atelier 2 : L'individualisation des parcours de formation

L'atelier 2 consacré à l'individualisation des parcours de formations a soulevé les questions suivantes :

  • comment permettre l'individualisation des parcours de formation ?
  • comment rompre la solitude de l'individu ?
  • comment développer une animation individualisée ?
  • quels sont les apports et les risques spécifiques au groupe ?
  • quelles sont les formes de travail en groupe les mieux adaptées pour chaque cas particulier ?

Proposer un parcours commence toujours par accueillir une demande. Il faut proposer un accueil individuel :

  • identifier les besoins de l'apprenant
  • l'orienter et border son projet
  • apprendre à professionnaliser son parcours

Il s'agit dans ce cas d'améliorer les relations entre les services, à l'image de l'Université de Bretagne Occidentale qui offre un guichet unique pour les reprises d'études.

Parmi les discussions a été débattu le partage des modalités d'études : faut-il mixer les publics ? En ce qui concerne l'accompagnement des publics empêchés, le groupe préconise de se baser sur l'expérience du D.A.E.U. avec la mise en place d'une :

  • plateforme d'accompagnement
  • formation aux outils

Il est souligné l'intérêt de travailler avec les tiers lieux :

  • maison de la seconde chance
  • maison emploi formation
  • fablabs
  • ,etc.

Les procédures d'individualisation : il faut penser parcours, avec des outils comme les plateformes / les forums d'échanges, où les groupes forment des lieux de l'individualisation, et constituent une communauté d'apprentissage. Reste la question de la gestion de ces groupes d'apprentissage.

Les outils de l'individualisation qui sont surtout numériques comme :

  • la visio-conférence
  • la web-conférence
  • la classe virtuelle

nécessitent un engagement étudiant.

Capitalisation : se pose le problème de l'accréditation.

Pour conclure, se pose la question de l'instrumentalisation de la dimension d'acquis. La validation des bouts de parcours pourrait suivre le modèle de l'accréditation dans la V.A.E. La reconnaissance des compétences pourrait s'appuyer par exemple sur l'E.C.V.E.T. (European Credit system for Vocational Education and Training).  Le groupe souligne la nécessité de faire :

  • évoluer les crédits E.C.T.S.
  • faciliter la validation de compétences

Changer d'établissement en cours de parcours, développer les possibilités d'alternance avec une activité salariée : la modularisation des parcours reste à améliorer.

Ce groupe suggère d'améliorer la lisibilité des aides aux étudiants en alimentant la rubrique formation du site du ministère ou en créant un portail dédié.

Atelier 3 : L'impact sur les pratiques et sur les acteurs

L'atelier a réuni 27 personnes :

  • enseignants
  • responsables de formation
  • ingénieurs de formation
  • ingénieurs pédagogique
  • directeurs de formation continue

réparties en 3 groupes :

  • ingénieur pédagogique
  • enseignant
  • étudiant

Chaque groupe disposait d'une carte présentant un personnage. Le recto de la carte donnait une description du personnage et le verso proposait 3 questions "fil rouge" :

  • qu'est-ce que le numérique ?
  • pourquoi utiliser le numérique ?
  • quel intérêt pour mon activité ?

et une série de questions spécifiques au personnage décrit.

Chaque groupe devait mener une analyse du contexte proposé et des questions posées et produire une synthèse.

Quel que soit l'acteur, le numérique est vu comme un outil. La pratique du numérique est quotidienne dans les activités des acteurs.

Pour l'ingénieur pédagogique

Le numérique, c'est une façon différente de transposer le cours d'un enseignant. La terminologie a été au cœur des débats au sein du groupe Ingénieur pédagogique. Les échanges divers peuvent s'expliquer par la multiplicité des acteurs ayant des compétences proches et complémentaires :

  • conseiller pédagogique
  • ingénieur de formation
  • ingénieur pédagogique

D'autres thèmes ont été abordés tels que :

  • la certification
  • les compétences de l'enseignant
  • l'accompagnement

Tout au long des débats, il y a eu peu de consensus. Il ressort de ce groupe une grande hétérogénéité des profils de personnels liés à l'appui auprès des enseignants. La vision de l'accompagnement de l'étudiant est différente selon le profil de l'acteur. Aucune proposition ne ressort véritablement à l'issue de cet atelier.

Pour l'enseignant

Le numérique permet :

  • d'innover
  • d'être en phase avec les étudiants
  • de capter de nouveaux publics (national et international)

Les thématiques abordées par le groupe Enseignant ont été riches :

  • accompagnement
  • scénarisation
  • demande de soutien
  • mise à jour des cours
  • animation pédagogique
  • droits d'auteurs
  • aspects financiers

Quatre éléments ont fait consensus :

  • la plus-value du numérique
  • le soutien
  • les contraintes liées au numérique
  • les craintes

L'investissement réalisé sur la mise en place de contenus pédagogiques à distance lui permet une ré-utilisation facile pour d'autres parties de cours. Le suivi et l'évaluation des activités de l'apprenant grâce au numérique permet un retour de qualité de la formation. Les différents échanges ont montré le besoin d'accompagner l'enseignant dans la conception de ressources et d'activités pédagogiques par des services dédiés et un besoin de formation à la pédagogie numérique. Le numérique révèle des craintes sur le temps dédié à la conception de formation à distance (par lui-même et les services dédiés) et la méthodologie utilisée. D'autres craintes relatives au droit d'auteurs, l'animation au cours d'une session de formation ont également été émises.

Il n'y a pas eu de point de divergence durant cet atelier.

Les échanges ont montré la necessité de disposer d'un accompagnement du projet sur :

  • les aspects méthodologiques
  • le soutien
  • la formation
  • la contractualisation

Plusieurs points de vigilance sont à noter :

  • le temps passé et nécessaire de l'enseignant avec le service d'appui pour la scénarisation et la production de contenus pédagogiques
  • l'accompagnement des apprenants
  • l'attente des cibles F.T.L.V. spécifiques par rapport à la formation initiale

Plusieurs leviers ont été identifiés :

  • distinguer les usages d'outils
  • valoriser et reconnaitre le métier
  • développer les compétences sur la F.T.L.V. au grand nombre
  • apporter une visibilité d'un point de vue financier

Pour l'étudiant

Le numérique lui permet d'avoir un autre rapport au savoir. C'est une forme alternative d'apprentissage qui apporte plus de flexibilité.

Les thématiques abordées étaient :

  • l'accompagnement
  • le coût d'une formation
  • l'évaluation
  • la valeur du diplôme
  • l'accessibilité de la formation (formation totalement à distance ou hybride)
  • le sentiment d'isolement lié à l'enseignement à distance

Concernant l'étudiant, quatre points ont fait consensus :

  • le besoin de conseil
  • l'évaluation
  • la qualité de la formation
  • l'accompagnement

Les questionnements autour des aspects administratifs et financiers ainsi que les prérequis pour suivre une formation à distance ont été abordés.

Le coût et la fracture numérique ont fait débat.

Plusieurs points de vigilance ont été identifiés :

  • quelles modalités proposées au regard de la situation professionnelle?
  • quelle est la valeur du diplôme et le délai pour son obtention?
  • quelles sont les ressources pédagogiques mises à disposition de l'étudiant et quelles activités lui seront proposées ?
  • quelles poursuites possibles après la formation suivie ?

L'intérêt du numérique est certain quel que soit les acteurs. Pour l'ingénieur pédagogique, le numérique permet de rendre accessible la formation et de trouver des outils pour aider l'apprenant au cours de son activité d'apprentissage. Pour l'enseignant, il est perçu comme intéressant mais aussi vécu comme une contrainte. Plus précisément, le numérique lui permet de retrouver une stimulation et d'apporter une réflexion sur sa pratique pédagogique.

Cet atelier a donné lieu à des échanges très riches et intéressants. Deux questionnements ressortent de cet atelier :

  • l'accompagnement est nécessaire quel que soit l'acteur
  • les coûts liés à toute formation utilisant le numérique au regard d'une formation en présentiel

Cet atelier pourrait donner lieu à une autre session pour confronter les acteurs :

  • l'accompagnement de l'enseignant par l'ingénieur pédagogique
  • l'accompagnement de l'étudiant par l'enseignant au regard de ses attentes

Un élément de réponse aux questionnements soulevés serait de concevoir un référentiel métier pour les acteurs "enseignant" et "services d'appui". Ces référentiels permettraient de proposer une offre de formation et de services adaptées aux besoins de chacun.

 

1ère publication : 3.06.2016 - Mise à jour : 7.06.2016